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Garder un lien avec ceux qui nous manquent : ce que la psychologie en dit

Loin de la culpabilité, les psychologues s'accordent : maintenir une forme de lien avec un proche qui nous manque est sain, à condition que cela aide à avancer.

Par Agnès Roullier · 7 mai 2026 · 5 min de lecture

Garder un lien avec ceux qui nous manquent : ce que la psychologie en dit

Photographie, Mémoire & Souvenirs

Pendant des décennies, le discours dominant a été celui-ci : pour avancer, il faut « tourner la page ». Ranger les photos. Donner les affaires. Cesser de parler du proche absent. Comme si garder un lien avec lui était une faiblesse, ou pire, un obstacle.

Cette idée recule. Les spécialistes du travail de mémoire défendent aujourd'hui une approche radicalement différente : maintenir une forme de présence intérieure de la personne qui nous manque n'est pas un frein, c'est une ressource.

Un changement de paradigme

Le concept central est celui de « lien continu » (continuing bonds, en anglais). Théorisé dans les années 1990, il commence seulement à pénétrer la culture francophone. L'idée est simple : on n'oublie pas un proche qui nous manque, on apprend à vivre une relation différente avec lui.

Cette relation peut prendre mille formes. Parler à voix haute en cuisine, comme si la personne était dans la pièce. Écrire une lettre chaque année à la date de son départ. Continuer à mettre son couvert à Noël les premières années. Aller marcher dans des endroits où on a partagé des moments.

« Les familles que j'accompagne et qui se portent le mieux, dix ans plus tard, ne sont pas celles qui ont "tourné la page". Ce sont celles qui ont trouvé une manière vivante de garder la personne dans leur quotidien. »

Quand le lien devient palpable

Ce qui change ces dernières années, c'est que ce lien peut prendre des formes de plus en plus concrètes. Albums photos restaurés, archives vocales préservées, vieilles vidéos numérisées. Et plus récemment, des applications qui permettent de redonner une voix à des proches dont l'enregistrement est conservé.

Ces démarches, parfois critiquées, sont défendues par une partie croissante de la communauté psychologique. À condition d'être pratiquées avec discernement, sans qu'elles ne remplacent un accompagnement humain quand il est nécessaire, elles peuvent profondément apaiser.

Le piège de la culpabilité

Beaucoup de familles hésitent par peur d'être jugées. « Garder un lien, c'est ne pas accepter ? » La réponse des spécialistes est claire : accepter et garder un lien ne s'opposent pas. On peut très bien savoir que la personne n'est plus physiquement là et continuer à ressentir sa présence dans sa vie. Les deux sentiments cohabitent.

La seule règle, en réalité, est celle de l'écoute de soi. Si le lien apaise, il est bon. S'il enferme dans une douleur figée, il faut chercher de l'aide.

À ce sujet, lire également notre enquête sur les nouveaux outils de préservation des souvenirs en famille.

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