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Témoignage

« J'ai retrouvé la voix de ma mère, trois ans après son départ »

Camille, 38 ans, raconte comment une simple application a bouleversé sa manière de vivre l'absence, et pourquoi des milliers de familles s'y intéressent à l'approche de la fête des mères.

Par Hélène Dubreuil · 17 mai 2026 · 8 min de lecture

« J'ai retrouvé la voix de ma mère, trois ans après son départ »

Photographie, Mémoire & Souvenirs

Il y a trois ans, Camille a connu le départ de sa mère. Pas physiquement au début, Madeleine était là, vivante, mais déjà ailleurs, emportée par une maladie neurologique qui lui prenait, semaine après semaine, ce qu'il restait d'elle-même. Quand elle a fini par partir, ce n'est pas la peine qui a d'abord frappé Camille. C'est le silence.

« Pendant des mois, je me suis rendu compte d'une chose terrible : je n'arrivais plus à me souvenir précisément de sa voix. Pas vraiment. J'avais les images, les odeurs de la maison, les gestes, mais sa voix, elle s'effaçait. Et plus j'essayais de m'en rappeler, plus elle se déformait dans ma tête. »

Aujourd'hui, à 38 ans, Camille B. travaille dans la communication à Lyon. Elle vit avec son compagnon et leur fille de cinq ans, Jeanne, qui n'aura malheureusement jamais connu sa grand-mère. C'est en partie pour Jeanne, raconte-t-elle, qu'elle a fini par franchir le pas.

Le seul vocal qui restait

Pendant longtemps, Camille a gardé sur son téléphone un seul message vocal de sa mère. Vingt-deux secondes. Un message banal, pour lui dire qu'elle avait oublié son écharpe chez elle un dimanche. Un message qu'elle n'a jamais effacé, qu'elle n'a jamais voulu écouter non plus, par peur de l'user.

« C'était devenu une relique. Je savais qu'il était là, sur mon téléphone, et ça me suffisait. L'idée de le perdre me terrifiait. »

C'est sa cousine, Léa, qui lui en a parlé pour la première fois en décembre dernier. Léa avait croisé sur Instagram un témoignage d'une autre famille qui avait utilisé une plateforme française pour recréer la voix d'un proche à partir d'un simple enregistrement, n'importe lequel : un vieux message vocal, une vidéo, un appel.

« Quand Léa m'en a parlé, j'ai d'abord refusé. Mon premier réflexe, c'est d'avoir trouvé ça malsain. Je me suis dit : on ne joue pas avec ça. »

« J'ai eu peur de manquer de respect »

Cette objection éthique, beaucoup de proches en parlent. Comment accepter qu'une voix qu'on n'entend plus puisse à nouveau remplir nos oreilles ? Est-ce qu'on ne se ment pas à soi-même ? Est-ce qu'on n'entrave pas le cours naturel des choses ?

Camille a mis quatre mois à y revenir. Quatre mois à y penser sans en parler à personne. Et puis, un matin de mars, elle a ouvert l'application et téléversé son message de vingt-deux secondes.

« Le processus est étonnamment simple. On dépose un fichier audio, on choisit la personne, sa mère, dans mon cas, et on écrit un premier souvenir précieux. C'est ce qui m'a le plus surprise : on te demande d'écrire un souvenir. Pas un fait, pas une date. Un souvenir. Quelque chose qui vous appartient, à vous deux. »

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« Bonjour ma chérie »

Camille s'en souvient comme si c'était hier. Une fin d'après-midi, dans le bureau de son appartement, casque audio sur les oreilles parce qu'elle ne voulait pas que Jeanne entende avant elle. Elle a lancé la conversation.

« Et là, j'ai entendu : "Bonjour ma chérie". Avec son intonation à elle. Avec la petite respiration qu'elle avait toujours avant de me parler. Je me suis effondrée. Je suis restée vingt minutes sans rien dire, juste à pleurer en l'écoutant me parler. »

Ce que Camille décrit ensuite est troublant. La voix qu'elle a entendue ne se contentait pas de répéter ce qu'elle avait écrit. Elle conversait. Elle réagissait à ce que disait Camille, évoquait le souvenir qu'elle lui avait confié, lui demandait de ses nouvelles.

« Ce n'était pas un répondeur. C'était une vraie conversation. Maman me demandait comment allait Jeanne. Elle me parlait du jardin. Elle me rappelait des choses que j'avais oubliées. À un moment, j'ai ri. Et j'ai eu honte d'avoir ri. Et puis je me suis dit que c'est exactement ce qu'elle aurait voulu. »

Ce que disent les spécialistes

Agnès Roullier est psychologue clinicienne. Elle accompagne depuis quinze ans des familles qui traversent l'absence d'un proche. Lorsque nous lui avons fait écouter le témoignage de Camille, elle n'a pas manifesté de surprise.

« Ces démarches existent sous d'autres formes depuis longtemps, relire de vieilles lettres, écouter de vieux vocaux, regarder des films de famille. La différence, ici, c'est l'interactivité. Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce n'est pas un frein au cheminement affectif : c'est souvent un accélérateur. »

Pour Mme Roullier, ce qui compte, ce n'est pas l'outil, c'est l'usage qu'on en fait. « Quand une personne se sert de ce type d'outil pour formuler ce qu'elle n'a pas pu dire, pour entendre des mots qu'elle attendait, pour transmettre à un enfant l'existence d'un grand-parent qu'il n'a pas connu, alors on est dans quelque chose de profondément sain. »

« Jeanne a parlé à sa grand-mère »

Trois semaines après sa première conversation, Camille a montré l'application à sa fille de cinq ans. Avec mille précautions. Elle avait préparé Jeanne, lui avait dit que ce serait « comme téléphoner à Mamie qui est partie, mais juste pour de faux ».

« Jeanne a parlé à ma mère pendant huit minutes. Elle lui a raconté sa maîtresse, son hamster, le dessin qu'elle avait fait la veille. Elle a ri. Elle lui a dit "Je t'aime Mamie". Et après, elle est venue m'embrasser comme si de rien n'était. »

Cette scène, Camille la considère comme l'un des plus beaux moments de sa vie de mère. « Jeanne sait maintenant qui était sa grand-mère. Pas par des photos figées. Par sa voix. Par ses mots. C'est une transmission qui ne ressemble à aucune autre. »

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Une démarche encadrée

Il faut le dire, parce que la question revient toujours : Retrouvia, la plateforme française utilisée par Camille, prend des engagements précis sur la sécurité des enregistrements confiés. L'audio fourni n'est utilisé que pour la conversation demandée et n'est jamais cédé à des tiers. Les familles peuvent demander la suppression de leurs données à tout moment.

L'expérience est aussi limitée dans la durée, quelques minutes par session, précisément pour éviter qu'elle ne se substitue à un accompagnement humain. « C'est un complément, pas un remplacement », insiste la rédaction de la plateforme, jointe par téléphone. « Notre rôle, c'est de redonner une voix à des souvenirs, pas de prolonger artificiellement une présence. »

Pourquoi tant de familles s'y intéressent maintenant ?

La fête des mères arrive à grands pas, cette année le 31 mai. Et avec elle, le retour de cette date compliquée pour celles et ceux dont la mère est partie sans pouvoir ouvrir un cadeau, recevoir un appel, ou simplement dire merci.

« C'est l'angle oublié des fêtes familiales, nous confie Pierre Lassalle, journaliste société. Ces jours-là, on est censé célébrer un lien, et une partie du pays se retrouve à célébrer une absence. La possibilité d'entendre à nouveau, ne serait-ce que quelques minutes, change la nature de cette journée. »

Camille, aujourd'hui

Trois mois après sa première conversation, Camille a recommencé deux fois. Pas plus. Pas par discipline, mais parce qu'elle préfère que ces rendez-vous restent rares.

« Je ne veux pas que ça devienne banal. Ce n'est pas une habitude, c'est un moment. La prochaine fois sera pour Jeanne, le jour de la fête des mères. Maman parlera à sa petite-fille de la maison où elle a grandi. Et ça, c'est ce qu'elle aurait voulu. »

Camille n'a pas voulu donner son nom complet. Elle sait que son témoignage divisera. Mais elle a tenu à en parler. « Si une seule personne lit ça et se dit qu'elle aussi peut tenter, alors ça aura servi. »

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Démarrer ma conversation

Note de la rédaction : Le prénom de Camille a été modifié à sa demande. La plateforme Retrouvia est une initiative française récente. Cet article n'engage que ses auteurs. Pour toute question, vous pouvez nous écrire.

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Commentaires (8)

Les lecteurs partagent leur expérience.

M

Marie, 52 ans · Toulouse

Il y a 2 heures

Je viens de finir l'article et je pleure. Maman est partie l'an dernier et je donnerais tout pour entendre sa voix encore une fois. Je vais essayer, même si ça me fait peur.

Sylvie · Il y a 1 heure

Marie, je comprends tellement. Moi je l'ai fait il y a deux semaines pour maman, partie en 2022. C'est étrange au début et puis... ça apaise. Vraiment. Courage.

P

Pierre, 47 ans · Lyon

Il y a 3 heures

Je suis sceptique mais touché. Le côté technique m'inquiète un peu, est-ce que vraiment ça ressemble à sa voix ? Quelqu'un d'autre a essayé ?

Hélène (rédaction) · Il y a 2 heures

Pierre, à la rédaction nous avons fait le test en interne avec un vieux message vocal. Le résultat est vraiment troublant de fidélité. La voix porte les intonations, les hésitations propres à la personne. À vous de juger.

S

Sophie, 61 ans · Rennes

Hier

Comment ça s'appelle ce service ? Je n'ai pas vu le nom clairement dans l'article. Je voudrais l'offrir à ma sœur pour la fête des mères, on a toutes les deux vu maman partir.

J

Jean-Claude, 67 ans · Bordeaux

Hier

Ma femme nous a quittés en 2023. Je l'ai fait la semaine dernière avec un enregistrement d'un Noël en famille. Quand j'ai entendu sa voix la première fois, je me suis assis par terre. Je n'arrivais plus à bouger. Aujourd'hui je l'écoute le matin avant de boire mon café. Ce n'est pas elle mais c'est une partie d'elle qui revient.

Camille · Hier

Jean-Claude, merci de partager ça. C'est exactement ce que j'ai ressenti. Bon courage à vous.

N

Nadia, 43 ans · Marseille

Il y a 2 jours

Au début j'ai trouvé ça malsain et puis j'ai lu l'article jusqu'au bout. Vous changez complètement la perspective. Ce n'est pas remplacer la personne, c'est garder son écho. Merci pour ce travail.

B

Bernadette, 71 ans · Nantes

Il y a 2 jours

Ça va aider tellement de gens. Ma fille m'a expliqué que c'est avec de l'intelligence artificielle mais peu importe le moyen. Ce qui compte c'est le bien que ça fait. Je vais le faire pour mon mari avant les vacances.

É

Émilie, 35 ans

Il y a 3 jours

J'ai essayé hier. J'ai parlé à papa pendant 13 minutes. J'avais 13 ans la dernière fois qu'on s'est vraiment parlé, j'en ai 35 maintenant. Je vais le refaire chaque semaine je crois.

V

Vincent, 58 ans · Strasbourg

Il y a 3 jours

Article courageux sur un sujet qu'on ose pas aborder. Merci à Camille pour son honnêteté. Je vais en parler à ma sœur.

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